PIFFF 2016 – Review

Lorsque je vous écris ces lignes, je suis à quelques milliers de mètres d’altitude, par -50°C, en direction de Hanoi au Vietnam, première partie d’un voyage qui durera jusqu’en juin. Le Paris International Fantastic Fi… le PIFFF donc, se cale plutôt bien avec mes dates de départ, et se vit comme une intra veineuse intensive de cinéma comme je l’aime ; j’en profite avant de ne plus vraiment pouvoir y aller pendant quelques mois. Cette année, c’est au Max Linder Panorama que ça se déroule, pour le plus grand plaisir de nous tous, salle mythique, équipée THX, 4K, 70mm… et j’en passe, dont l’écran déborde de chaque côté de mes lunettes. C’est une première pour moi, vu que le mono écran ne me laisse pas beaucoup de choix de films lorsque je suis dans la capitale, et je suis vraiment impressionné… C’est la meilleure expérience de cinéma qu’il m’ait été donné de vivre. Merci le PIFFF! Revoir un film comme Prince of Darkness de Carpenter en copie restauré, ou découvrir Opéra de Dario Argento et Hardware de Richard Stanley, en leurs présence, dans des copies des plus sublimes est un rêve pour tout cinéphile.

Pour ceux qui ont l’habitude de me suivre lors des festivals, j’ai décidé cette année d’essayer une nouvelle forme, me concentrant sur quelques films, et non sur l’intégralité de ce que j’y ai vu, non parce que j’ai une terrible envie de changement, mais parce que je suis en voyage prolongé à l’autre bout du monde, et peu de moment sont ainsi propice à l’écriture. Il me serait donc difficile de m’attarder sur les 21 long-métrage et les quelques 20 courts en compétition nationale et internationale. Comme d’habitude, le festival est convivial, l’ambiance y est chaleureuse, l’équipe est enthousiaste et la programmation de haut niveau (j’avais déjà été bluffé par la qualité des long-métrage l’an passé). Peu de fausse note, à part sur le dernier film de Rob Zombie, 31, que j’avais vu au BIFFF quelques mois auparavant, et dont la nullité m’avait plus qu’agacé, ou sur The Greasy Strangler de Jim Hosking, une comédie érotico-absurde, alourdie par une mise en scène qui appuie sans cesse ses effets de répétitions, annulant ainsi toute comédie, au profit d’un ennui sans nom. Mais je ne m’épancherai pas sur ces deux films qui n’ont pour eux que leur simple existence. Les deux films à retenir de cette compétition sont le français Grave de Julia Ducournau et l’Irlando-britannique I Am Not a Serial Killer de Billy O’Brien. Dans le premier, la réalisatrice nous propose une vision non édulcorée et réaliste d’une jeunesse qui change et se confronte à un monde adulte qu’elle a du mal à comprendre, ou qu’elle ne veut pas comprendre. Récit initiatique à grand renfort de cannibalisme, la protagoniste évolue dans un milieu qui a l’air trop grand pour elle, trop de couloir et d’espace, le premier animal auquel elle est confrontée est trop grand également, le dernier refuge étant ce cocon confortable entre l’adolescence débridée des sous-sols technoïdés et l’enfant qui se recroqueville sous sa couette pour fuir les monstres qui se cachent sous le lit. La mise en scène, sobre, est sublimé par une photographie invisible qui évite les effets, pas de ralenti lors des scènes de danses et autres séquences toute droit sorti d’un film de Xavier Dolan (je n’ai absolument rien contre ce dernier par ailleurs). Un premier long-métrage qui annonce un futur brillant pour Julia Ducournau et la sublime Garance Marillier. Ce film a gagné l’œil d’or décerné par le public et le prix Ciné+ frisson. Le deuxième long-métrage précité est l’adaptation du roman éponyme de Dan Wells par l’irlandais Billy O’Brien qui nous avait régalé 10 ans plus tôt avec Isolation, un petit film d’horreur avec fœtus de vaches mutantes dans une Irlande reculée et boueuse. Dans I Am Not a Serial Killer, un lycéen sociopathe décide de traquer un serial killer qui n’a rien à envier à Zodiac. Tourné en 16mm, conférant ainsi au film une photographie organique et contrastée, le réalisateur prend son temps pour mettre son histoire en place, et nous propose ainsi des personnages véritablement écrits et complexes. Je n’ai pas lu le roman (pas encore en tout cas, il est le prochain sur ma liste), mais j’imagine qu’il part avec une base solide, cependant, l’exercice de l’adaptation n’est pas si évident. Christopher Lloyd, que l’on connaît pour son personnage haut en couleurs de Doc Brown de la trilogie Retour Vers le Futur, nous offre ici une prestation remarquable et terrifiante. Malgré le poids d’un acteur comme celui-ci, Max Records, en face, qui joue cet adolescent torturé par ses pulsions meurtrières, a un niveau de jeu tout aussi époustouflant, également à mille lieux de ce à quoi il nous avait habitués dans Max et les Maximonstres. Mélange des genres, froideur du ton, naturalisme romantique et initiation, ce film qui n’aura malheureusement pas de sortie française étonne jusqu’au bout, refusant tous les clichés des horror-flicks adolescents, pour nous amener sur des territoires encore inexplorés de la psyché humaine, traçant un lien indélébile entre jeunesse et vieillesse, qui, malgré une incompréhension maladive, sont comme les opposés d’un aimant, et s’attirent inexorablement jusqu’à ne former qu’une seule entité. Le tout étant de savoir lequel des deux pôles sera le vainqueur. Difficile de choisir entre ces deux long-métrage, qui ne sont finalement pas si éloignés dans leur propos. La compétition nous a tout de même offert d’autres longs à la forme et au fond solide, comme cette relecture sur fond social du mythe de l’Homme Invisible, ici prolétaire loser dans The Unseen de Geoff Redknap, conférant au film un fond politique plus que pertinent, ou d’un slasher au dénouement étonnant mettant en scène le racisme, donnant à K-Shop de Dan Pringle une résonance toute particulière envers une actualité dérangeante. Également, exercice de style paranoïaque fauché, Sam Was Here du frenchie Christophe Deroo ne transcendera jamais sa forme mais se laisse apprécier avec plaisir, malgré une fin raté et peu surprenante. Le sci-fi flick Realive de Mateo Gil étonne par son pessimisme envers une humanité désincarné qui préfère vivre dans un passé rêvé plutôt que dans un présent difficile à comprendre. Plus basé sur l’émotion que sur le discours, cette fable futuriste se laisse apprécier sans pour autant être inoubliable. Je ne reviendrais pas sur The Greasy Strangler, plus énervant que drôle, et donc dernier d’une compétition de haut niveau, Prevenge de et avec Alice Lowe, malgré son humour noir plus qu’appréciable, ne dépasse jamais son histoire de vengeance, qui, sous couvert de féminisme se transforme étonnamment en un film hétéro-normé faisant de la Femme le simple instrument de sa condition d’être enceinte. Décevant.

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Cette review du PIFFF 2016 n’a jamais été terminé, comme dit au début, j’ai entamé un voyage de 6 mois et n’ai pas pris le temps de revenir sur l’entièreté du festival. Cependant, veuillez apprécier ces quelques lignes.

Rendez-vous en 2017 !

-Victor Tsaconas-

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